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Article paru dans Séquences Bois n°149 « Le star-system de l’architecture est terminé. Nous, architectes, devons arrêter de nous copier les uns les autres. » Le discours de Jana Revedin résonne dans l’université IUAV de Venise lorsqu’elle présente en mai dernier les cinq lauréats de la 18e édition du Global Award for Sustainable ArchitectureTM. Grand-messe de l’architecture durable récompensant cinq architectes par an, le prix a mis en lumière très tôt le travail d’architectes ayant été par la suite lauréats du Pritzker Prize comme Wang Shu, Alejandro Aravena ou encore Diébédo Francis Kéré. Soutenu dès sa création par la Cité de l’architecture, le prix, placé sous le patronage de l’UNESCO, est depuis 2024 en partenariat officiel avec Saint-Gobain. |
Cette année, le thème du prix, « l’architecture est construction » s’inscrit encore un peu plus dans la remise en question du style international et de l’ethnocentrisme de l’architecture. En décentrant l’Occident de la carte du monde et en positionnant le Nord au Sud, le prix a voulu récompenser des architectes de divers continents dont les projets, enracinés dans leurs territoires, œuvrent pour les communautés locales. Ont été ainsi distingués la marocaine Salima Naji, le vietnamien Hoang Thuc Hao, l’agence équatorienne La Cabina de la Curiosidad formée par Marie Combette et Daniel Moreno Flores, le couple franco-américain fondateur d’onSITE, Marie et Keith Zawitowski, et enfin l’urbaniste allemande Andrea Gebhard.
De la complexité du tissu de Quito aux forêts du Vercors, et de la province des Tai Dam à la citadelle d’Agadir, les projets de ces architectes, si profondément ancrés dans leur contexte local, trouvent pourtant une résonance universelle. L’anthropologue et architecte Salima Naji évoque la responsabilité de l’architecte dans une société et de sa nécessaire humilité. Pour Thuc Hao, de l’agence 1+1>2, l’architecture permet de rendre de la dignité aux cultures marginalisées, mais aussi de transmettre des savoirs oubliés aux communautés locales, grâce à la construction. Cette notion de transmission se trouve aussi au centre de la philosophie des architectes de onSITE dont les frontières entre dessiner, construire et enseigner se confondent au sein du designbuildLAB studio de l’ENSA Grenoble dans lequel ils enseignent le projet à l’échelle 1.
« L’architecture est communicative et combattante », comme l’explique La Cabina de la Curiosidad, mais il faut aussi qu’elle soit accessible. De l’œuvre plastique à l’édifice architectural, le duo équatorien milite dans son travail pour sensibiliser les citoyens à leur territoire, afin qu’ils en deviennent non seulement les plus fins connaisseurs mais aussi les gardiens. Marie Combette le résume : « capturer dans une architecture toute la complexité d’un lieu, c’est faire jaillir de la poésie». Et on ne peut s’empêcher de rajouter aussi, à l’instar de ce qu’il s’est dit lors du symposium, qu’en ces temps troublés, il est aussi primordial d’en faire jaillir plus de démocratie. Le travail des lauréats du Global Award de cette année rappelle une fois de plus que les architectes ont les moyens d’activer le levier de profondes transformations sociales, et qu’il ne tient qu’à eux de tracer les contours de nouveaux narratifs.
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